Raymond Devos ! En
octobre 1979, Raymond Devos s'est arrêté à Evry (Essonne)
pour un unique récital au théâtre de l'Hexagone. A cette occasion,
j'ai pu découvrir un joueur de mots exceptionnel, un humoriste au rare
talent qui a tout de même écrit, en trente-cinq années, cent-soixante-cinq
chef-d'oeuvres mêlant à la fois rire et poésie.

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Le
parcmètre Les parcmètres, c'est une tricherie.
Vous savez que ça rapporte une fortune aux pouvoir publics. Une fortune.
Je le sais parce que mon voisin s'est fait installer un petit parcmètre
clandestin devant chez lui. Tous les soirs, il va retirer la recette.
Il vit bien. Il s'est même acheté une voiture. Évidemment,
il l'a mise devant son parcmètre. Depuis, il ne fait plus un rond.
Mais ça, c'est de sa faute.
| Raymond
Devos est né à Mouscron, en Belgique, le 9 novembre 1922. C'est
toutefois à Roubaix (Nord), qu'il a été élevé.
Son père, Louis, était un travailleur frontalier originaire de Tourcoing
(Nord). Il appartenait à un milieu modeste et son fils, Raymond, a du abandonner
l'école à l'âge de 13 ans. |
Sans
dessus dessous (extrait) Actuellement, mon immeuble est sens dessus
dessous. Tous les locataires du dessous voudraient habiter au-dessus.
Tout cela parce que le locataire qui est au-dessus est allé raconter par
en dessous que l'air que l'on respirait à l'étage au-dessus était
meilleur que celui que l'on respirait à l'étage en dessous.
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Sa
mère, Agnès, jouait du violon et de la mandoline. Elle donnera le
virus musical à son fils Raymond qui deviendra, plus tard, un véritable
homme orchestre. Pendant
la dernière guerre, Raymond Devos a été déporté
en Allemagne, en 1943. Souvent évadé, il profitera toutefois de
sa condition de prisonnier pour faire travailler son imagination. |

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Ma
femme (extrait)
Ma femme est d'une timidité !... Moi aussi... je suis timide!...
Quand on s'est connus, ma femme et moi... on était tellement timides
tous les deux... qu'on n'osait pas se regarder ! Maintenant, on ne peut
plus se voir !
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La
guerre finie, Devos a décidé de s'intéresser au théâtre.
Il prendra des cours et interprétera de grands classiques comme "
Knock " ou " Le médecin malgré lui ". C'est en 1956
que sa carrière débutera réellement avec la création
d'un nouveau style de spectacle en solo.
Mariant mime, musique et sketchs, Raymond Devos est très
vite apprécié d'un large public. |
A
tort ou à raison (extrait) On ne sait jamais qui a raison
ou qui a tort. C'est difficile de juger. Moi, j'ai longtemps donné
raison à tout le monde. Jusqu'au jour où je me suis aperçu
que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc,
j'avais raison ! Par conséquent, j'avait tort ! Tort de donner raison
à des gens qui avaient le tort de croire qu'ils avaient raison. C'est-à-dire
que moi qui n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort à
des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu'ils avaient tort ! J'ai
raison, non ? Puisqu'ils avaient tort ! Et sans raison, encore ! |

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Il
a réussi également à imposer son personnage au cinéma
en écrivant ses propres rôles ou en se laissant guider par certains
réalisateurs comme Jean-Luc Godard. Devos est également écrivain.
Mais c'est sur scène qu'il excelle, collectionnant nombre de récompenses
et autres prix au fil des années.
En effet, le roi du jeu de mots a multiplié ses apparitions dans les salles
de spectacles, offrant au public des textes d'une rare qualité. |

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Coup
de vent (extrait) L'été
dernier... j'avais trouvé un petit hôtel au bord de la mer, pour
être tranquille ! ... Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit ! Au petit
jour, j'ai fait la valise, je suis allé voir le patron de l'hôtel.
Je lui dis : Qu'est-ce que c'est que votre hôtel ? Le voisin d'à
côté n'a pas arrêté de siffler la nuit. Il me dit
: Ce n'est pas le voisin, c'est le vent ! je dis : Les portes qui claquent
? Il dit : C'est le vent ! Je dis : ce n'est pas le vent qui faisait
tout ce vacarme ? Il dit : Si ! Chaque fois qu'il y a un coup de vent, il
y a un élément de la maison qui s'en va ! j'ai dit : Vous le
remplacez ? Il dit : Ça coûterait trop cher...- |
Véritable
jongleur dans le domaine de la langue française, il savait également
étonner en jouant de la musique à merveille. En effet, clarinette,
piano, harpe, la guitare, bandonéon n'avaient pas de secret pour cet artiste
hors norme. Raymond Devos s'est aussi illustréà la télévision,
souvent accompagné de son fidèle pianiste et compagnon de scène,
Hervé Guido. |
La
mer démontée (extrait) J'avais
trois jours devant moi, je dis tiens, je vais aller voir la mer. Je prends
le train, j'arrive là-bas. Je vois le portier de l'hôtel.
Je lui dis : Où est la mer ? La mer... elle est démontée
! Vous la remontez quand ? Question de temps ! |
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Raymond
Devos a pratiquement tout sacrifié à sa passion. Pour lui, l'humour
et la joie de vivre étaient inséparables et omniprésents.
L'artiste a su néanmoins faire la part des choses entre sa carrière
et de sa vie affective en partageant un peu de son temps avec son attachée
de presse. Cependant, aucun enfant n'est venu éclairer sa vie. L'artiste
s'est éteint le 15 juin 2006, il avait 83 ans. |

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Mon
chien, c'est quelqu'un (extrait) Depuis
quelque temps, mon chien m'inquiète... Il se prend pour un être
humain, et je n'arrive pas à le dissuader. Ce n'est pas tellement que
je prenne mon chien pour plus bêt qu'il est... Mais que lui se prenne
pour quelqu'un, c'est un peu abusif ! Est-ce que je me prends pour un chien,
moi ? Quoique... Quoique...
| Photos
: Bernard Gaudin © Contactez moi ! | 
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Raymond
Devos, en octobre 1979, sur la scène du théâtre de l'Hexagone,
à Evry. | 





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