Cyclisme : Paris-Roubaix 1988
Crée
en 1896, Paris-Roubaix est l'une des plus anciennes courses cyclistes. La célèbre
épreuve qui partait autrefois de Paris s'élance de Compiègne,
dans l'Oise, depuis 1968. Baptisée l'Enfer du Nord, elle emprunte immanquablement
des secteurs pavés souvent décisifs. En 1988, j'ai eu la chance
de suivre cette classique en ligne prestigieuse.

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Beaucoup
de monde sur la place du Château de Compiègne (Oise) pour assister
au départ du Paris-Roubaix 88.
| Passionné
par le cyclisme depuis mon plus jeune âge, j'avais toujours souhaité
suivre l'une de ces grandes épreuves internationales convoitées
par les plus grands champions. Vers la fin des années 80, j'ai fais la
connaissance de Guy Caput, le fils de Louis Caput, le directeur sportif d'un certain
Raymond Poulidor. Il
était alors rédacteur en chef de " La France Cycliste ",
la revue de la Fédération Française de Cyclisme. |
Journaliste
et écrivain satirique, François Cavanna a participé, en 1960,
à la création de «Hara Kiri» qui devint «Charlie
Hebdo». Il est également un passionné de cyclisme.
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Après avoir assuré différents reportages photos pour sa revue,
Guy Caput m'a proposé, en avril 1988, de couvrir "Paris-Roubaix".
Bien évidement, j'ai tout de suite accepté, réalisant ainsi
un rêve de gosse. Dix-huit ans plus tard, cette expérience très
enrichissante est l'un des souvenirs les plus marquants de ma carrière
avec des moments et des images sans pareil à mes yeux. |

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Ancien
coureur, Alain Gallopin travaille ici chez Système U comme kinésithérapeute
auprès de l'équipe de Laurent Fignon.
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Côté
sportif, ce Paris-Roubaix 1988 restera comme une édition atypique. En effet,
la victoire finale est revenue au Belge Dirk De Mol, un coureur sans grade chargé
habituellement de jouer les "domestiques" dans les pelotons. Succédant
à l'Irlandais Sean Kelly au palmarès de l'Enfer du Nord, De Mol
ne s'attendait sûrement pas à pareil fête en ce dimanche 10
avril. |
Avec
la présence de coureurs américains dans la course, la chaîne
télévisée CBS était représentée par
une trentaine de techniciens. Ron Kiefel répond ici aux questions de l'une
des équipes mobiles. |

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Il
faut dire aussi que la météo avait, elle aussi, décidé
d'offrir des conditions de course inhabituelles
à ce 86ème Paris-Roubaix. Soleil radieux, vent quasi inexistant
et poussière omniprésente ont quelque peu déçu les
nombreux amateurs de secteurs pavés boueux et détrempés.
C'est peut-être aussi à cause du temps que l'échappée
lancée dès le kilomètre 45 s'est avérée être
la bonne. |

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La
bonne échappée
sur les pavés du Nord avec l'américain Knickman, devant Wegmuller
et le Français Franck Boucanville.
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Sur
un coup de tête du Thierry Casa, bientôt rejoint par douze autres
comparses, un groupe de 13 coureurs a réussi rapidement à creuser
l'écart. Parmi les fugitifs, l'on pouvait remarquer la présence
d'authentiques rouleurs comme Alan Peiper, Stefan Joho, Thomas Wegmuller, Gérard
Veldschoten, Roy Knickmann, Loïc Le Flohic ou Franck Boucanville. |
L'un
des passages les plus difficiles de ce 86ème Paris-Roubaix. |
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Partie
à 220 kilomètres de Roubaix, cette échappée semblait
vouée à un échec certain pour les grosses pointures du peloton,
d'autant que les écarts n'ont jamais excédé les dix minutes.
Cependant, le nombre élevé de fuyards a favorisé des relais
courts et efficaces. L'objectif était, semble-t-il, de préparer
le terrain des leaders habituels. |

| D'anciens
champions observent une moto suiveuse avec Jan Raas, à gauche, Robert Mintkiewicz,
au centre, Jan Janssen et Joop Zoetemelk, à droite. |
Dans
la tranchée de Wallers-Arenberg, la tête de la course ne comptait
plus que cinq minute d'avance sur le gros de la troupe dynamisé par Laurent
Fignon. Au fil du célèbre obstacle, le groupe des 13 échappés
a explosé pour se réduire à sept coureurs avec Wegmuller,
très actif, De Mol, Van Rijnen, Veldscholten, Joho, Peiper et Boucanville.
A noter que, ces deux derniers allaient céder un peu plus tard, alors qu'il
ne restait que 65 kilomètres à accomplir. |
Souvent
spectaculaire, le ravitaillement des coureurs est toujours une scène très
atendue. | |
Dans
le peloton, l'heure était plutôt à observer les principaux
prétendants à la victoire comme Kelly. Selon Bruno Wojtinek, il
y avait trop de favoris en tête et pas assez d'équipiers pour rouler
sans arrières pensées. Tous avaient peur de se livrer. L'Italien
Guido Bontempi a bien tenté de rejoindre les échappés. Seul
pendant une quarantaine de kilomètres, il a cédé alors que
les cinq fuyards avaient encore 3 minutes d'avance. |
 | Malgré
d'imposants nuages de poussière, les secteurs pavés de ont une nouvelle
fois attiré la foule. |
A
une quinzaine de kilomètres de l'arrivée, l'affaire devint plus
que sérieuse. Sean Kelly enchaîna une crevaison et une chute. Malgré
tout, le champion irlandais ne se découragea pas, tentant avec beaucoup
de détermination de recoller au groupe des favoris. Devant, l'écart
ne faiblissait pas. Le Suisse Thomas
Wegmuller imposa même une violente accélération que seul Dirk
De Mol pu suivre. Pour ces deux coureurs, l'affaire était désormais
entendue. |
Guido
Bontempi a bien essayé de rejoindre les échappés. Il écoute
ici les précieux conseils de son directeur sportif. | |
Derrière,
Laurent Fignon et Marc Sergeant ont vainement tenté de rejoindre les hommes
de tête. Mais il était déjà trop tard. Devant, un sac
plastique est venu malencontreusement se coincer dans le dérailleur de
Wegmuller. Dès lors, De Mol avait course gagné. En franchissant
la ligne d'arrivée, le coureur belge n'en revenait pas. Il devançait
son compagnon d'échappée de 2 minutes. |
 | A
Roubaix, sur la ligne d'arrivée. |
Quant
à Laurent Fignon, il parvenait tout de même à se classer troisième
de l'épreuve, à 3' 55'' du surprenant vainqueur. Né dans
les Flandres le 4 novembre 1959, Dirk De Mol a donc créé la surprise
face à des favoris plus occupés à s'observer qu'à
s'inquiéter de la détermination de coureurs sans grade bien décidés
à bousculer la hiérarchie. |
Vainqueur
de Paris-Roubaix en 1981, Bernard Hinault signe ici quelques autographes. | |
Photos
: Bernard Gaudin © Contactez moi ! | 
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Le
Belge Dirk Demol vainqueur du 86ème Paris-Roubaix en 6 heures 34' 18''. |


Perché
sur une borne, Jonathan Boyer, le premier américain à avoir participé
au Tour de France en 1981, supervise les opérations pour le compte de CBS. |


Le
badge indispensable pour suivre la Reine des Classiques. |

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Paris-Roubaix 1988 - 1.
Dirk Demol (Belgique), les 266 Km en 6h 34' 18'' 2. Thomas Wegmuller (Suisse)
à 2'' 3. Laurent Fignon (France) à 1' 55'' 4. Stephan Joho
(Suisse) 5. Marc Sergeant (Belgique) 6. Corné Van Rijen (Hollande)
à 2' 03'' 7. Gérard Veldscholten (Hollande) 8. Steve Bauer
(Canada) à 2' 34'' 9. Herman Frison (Belgique) à 2' 46'' 10.
Johan Lammerts (Hollande) 11. Brono Wojtinek (France) à 2' 53"" 12.
JohnTalen Hollande) 13. Pello Ruiz-Cabestany (Espagne) 14. Rudy Rogiers
(Belgique) 15. Eddy Planckaert (Belgique) 16. Sean Kelly (Irlande) 17.
Maurizio Fondriest (Italie) 18. Adri Van der Poel (Hollande) 19. Edwig Van
Hooydonck (Belgique) 20. Noël Segers (Belgique)
Partants
:194 Classés
: 75 Moyenne
: 40.324 Km/h |


Classé
64ème, le Hollandais Franck Pirard tente de récupérer de
ses efforts. | 

Troisième
de l'épreuve à 1' 55'', Laurent Fignon semble quelque peu déçu. |
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